Notre expérience de sauvegarde des maisons alsaciennes fait écho avec la très belle vallée de Haa au Bhoutan. C’est une vallée longtemps fermée aux touristes pour cause de présence militaire bhoutanaise et indienne. Cette nature paisible attise les convoitises chinoises. La RPC proclame régulièrement que cette terre est sienne. Minuscule confetti au regard de son voisin gigantesque.

Paisible ? Finalement pas tant que ça, la vallée est sous la protection du terrible App Chundu. App, papa en Dzongkha, langue la plus parlée du pays. Père oui, mais démoniaque si l’on ne le chouchoute pas. Il n’hésitera pas à déclencher toutes les puissances de la nature contre ses protégés ci ceux-ci ne s’occupent pas de lui. Jusqu’en 2012 (officiellement), le plus beau yack de la région était sacrifié pour l’apaiser.

Las de la ville, (eh oui, même au Bhoutan) nous nous sommes mis au vert pour le week-end dans le charmant Soednam Zingkha Heritage Lodge. La particularité du lieu est que c’est une vieille demeure qui a été rénovée de façon traditionnelle par le propriétaire du lieu. Jeune, ancien  acteur désabusé, il a renoncé aux caméras pour reprendre cette ferme familiale.

Mais là n’étaient pas mes propos. Je voulais vous faire part de construction traditionnelle des maisons cossues du Bhoutan.

Dans le tout proche village de Ha Toe, hors du temps, nous nous sommes arrêtés devant une maison en construction. Les participants, enjoués nous ont fait comprendre que nous pouvions revenir le lendemain pour participer. Chose que nous avons faite avec plaisir.

Cette maison se construisait dans la bonne humeur et à peu de frais. Les participants sont les villageois alentour, bénévoles. Les murs de la maison sont en pisé. Coffrage bois et terre amassée juste là, aux pieds de la construction. Le bois vient de la forêt a portée de regard. Bémol: plus question de se servir dans les bois comme ça, le gouvernement s’est mis en tête de préserver sa couverture forestière (67% du territoire). Alors demande d’autorisation obligatoire pour chaque prélèvement. Ce qui pose quelques soucis de chauffage pour les gens les plus pauvres. L’astuce, grappiller les branchages, grignoter une écorce jusqu’à affaiblissement de l’arbre qui fini par céder et devient « collectable ».

A part son toit de tôle, nouvelle tendance parce que moins de travail et qu’on fait croire qu’il préserve justement la forêt (avant la couverture se faisait en bardeaux bois), songez au coût d’une telle maison ? Presque rien. Et dans cette région, très froide en hiver, les murs terre sont très agréables, sans parler de l’écologie. Abandonnées, elles finissent par fondre littéralement dans la nature. Ces maisons sont si belles.
A trois pas de là se construit une autre maison. Un petit pavillon, mono-étage, en ciment. Je me souviens toujours de sa dénomination attribuée par le jeune étudiant qui nous servait de guide: « a concrete one ». « Concrete » ? Et de nous expliquer la raison de cette petite maison de cochon. Elle est moderne et son édification coûte chère. Très chère même, ce qui apporte un sacré statut social à son propriétaire. Songez, il faut faire venir d’Inde les matériaux (il n’y a pas de briques ciment au Bhoutan) ainsi que la main d’œuvre qu’il faut payer. Dommage, elle était si vilaine que nous n’avons pas pris de photo, rien à vous montrer, désolé.

Pour avoir vu les constructions dans la capitale, elles vieillissent très mal, infiltration d’eau, murs qui suintent, se nécrosent et inconfort dans un pays froid l’hiver, chaud et humide l’été. « A concrete one » modernisme au profit du statut social. On nous a aussi montré, en plein Thimpu, des immeubles tout vides. Et oui, sans habitant. Pourquoi ? Toujours pour le prestige, un tel bâtiment, fait savoir aux yeux de tous que le propriétaire n’est pas sur la paille. Une sorte de vitrine vide !