Un chillip* sur le quai de gare.
Mardi 10 février, nous sommes debout sur le quai de gare de Sapporo. 8h50, le train à destination de l’aéroport est pour 8h55, c’est que nous avons un avion à prendre pour passer de l’extrême nord et du froid à l’extrême sud, au chaud. On n’a pas idée de cheminer sac au dos à -6 °C, le nez finirait en glaçon et la menace de se rompre les os n’est pas loin car les trottoirs ici sont gelés.
Une belle couche de glace de 15 cm recouvre le bitume piétonnier. Nous déambulons à petits pas, comme des geisha. Elles c’est à cause de leur socs en bois, nous par manque d’habitude de la patinoire urbaine. Petits pas, tout petits pas, ne pas glisser. La très grande ville de Sapporo n’y déroge pas. En France on ferait un scandale, ici c’est normal. J’ai vu sortir du bus une petite vieille, courbée en deux par les années, claudiquant, peinant sur les deux marches du véhicule pour descendre avec sa canne. Une fois sur le miroir qui tenait lieu de trottoir, elle avançait plus vite que nous, habituée.
8h52 sur le quai de gare donc, à la file indienne, prêt à embarquer dans le train. On devrait plutôt dire « file japonaise », tant les queue leu leu, sont pratiquées ici. Un message craché par le haut parleur, un autre, en rouge, sur le tableau d’affichage. Pas bon le rouge. Quelques personnes quittent précipitamment la file pour s’engouffrer, avec leurs valises, vers le sous sol de la gare en direction des guichets, sans doute. Nous sommes dans l’expectative, il faut dire que tout chillip que nous sommes, nous sommes illettrés et malentendants. Eh oui, impossible de déchiffrer le japonais, ni de comprendre la langue. Nous avons beau écarquiller les yeux et tendre les oreilles, rien n’y fait, on ne comprend pas.
9h08, froid polaire, le train est manifestement en retard. Pas grave, il y en a un autre à 9h10.
9h15, ben non, pas d’autre train non plus. Debout sur le quai, pour essayer de décrypter la situation, nous observons nos voisins. C’est la seule façon. A chaque vague d’annonce sonore, une vague de voyageur quitte son poste et s’engouffre dans le ventre de la gare. Pas bon du tout.
9h20, nous finissons par comprendre qu’un train est en feu sur la voie, quelque part entre Sapporo et l’aéroport. Il n’y aura pas de train ce matin. La solution offerte est de prendre le bus, mais celui-ci  partira quand notre avion décollera ! Bye bye l’avion.
Dénouement : gros coup de chapeau à la compagnie aérienne Ana. Nos billets à petit prix pour les chillip n’étaient pas remboursables, mais nous avons quand même eu des vols pour le lendemain, sans débourser 1 centime. Merci en plus à la charmante demoiselle au guichet qui a bien voulu téléphoner au gite où nous devions dormir le soir, afin d’annuler et à tous les Japonais, qui même ne sachant pas parler anglais ont essayé de nous aider.

*Chillip :se prononce « tchillip », mot en dzongka (Bhoutan) pour étranger